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How I met Marvin Gaye


Si Marvin Gaye chantait l’amour et le plaisir mieux que personne, ses héritiers, eux, semblent depuis quelques années entonner un tout autre refrain sur les parquets des tribunaux. Leur dernier fait d’armes leur avait permis de chiper pas moins de 5,4 millions de dollars à Pharell Williams et Robin Thicke, au motif d’une ressemblance trop appuyée entre leur Blurred Lines et le Got to give it up du maitre de la soul. L’affaire avait été jugée en mars 2015, et portée en appel par les deux loosers en affaires. Parce que quand même, 5 millions ça fait cher l’inspiration. Et c’est d’ailleurs ce qu’avait pensé la majorité des commentateurs de l’affaire, taxant volontiers les héritiers de Marvin Gaye d’opportunisme fourbe ou d’être de dangereux ayatollah de la musique. C’est également ce que pensent les 212 musiciens, auteurs, compositeurs, et producteurs, qui viennent de signer et de déposer un brief of amici curiae sur le bureau du juge chargé de l’affaire. Explications.

Amicus curiae, WTF ?

Souvenez vous, dans la série How I met your mother, quand un des personnages commençait à faire n’importe quoi ou à se laisser aller, ses amis avaient l’habitude de faire une intervention pour lui remettre les idées en place. Ils adorent ça, les américains, même dans les séries… Ted a une diction prétentieuse et insupportable? Intervention. Marshall refuse de quitter son nouveau chapeau moche? Intervention. Et bien dans cette affaire de plagiat, c’est à peu près la même chose: Un amicus curiae est un ami de la Cour, extérieur aux parties de l’affaire, qui va intervenir et proposer son opinion, son éclairage, ou toute information susceptible d’aider le juge à trancher.

How I met your mother, l'instant est grave pour Robin.

Entre amis, ça va mieux en le disant (Photo : How I Met Your Mother)

Dans notre affaire Marvin Gaye, ce sont donc 212 amici curiae, dont de grands noms de l’industrie musicale comme des membres d’Earth Wind and Fire, des Black Crowes, de Weezer, ou encore le compositeur de musiques de film oscarisé Hans Zimmer, qui se sont fait entendre. Représentés par Edwin F. McPherson, avocat, ils sont intervenus et ont déposé un mémoire pour tenter de raisonner le juge d’appel, et qu’il ne confirme pas la décision du tribunal.

Le texte est disponible ici. Il est évidemment moins drôle qu’un épisode de HIMYM et il n’est pas sous titré, alors je vais devoir vous spoiler: Les signataires expriment leur inquiétude quant à l’impact négatif de ce jugement sur leur propre créativité, sur la créativité des futurs artistes, et pour l’industrie musicale en général si celui-ci était confirmé en appel. Selon eux, une telle confirmation empêcherait les artistes de créer en s’inspirant de créations antérieures, tout particulièrement quand elles se situent dans un genre musical précis.

Blurred lines, les lignes floues. Un titre qui porte bien son nom

Dans un article précédent consacré au plagiat et à la contrefaçon, j’avais expliqué à quel point la frontière entre l’inspiration (admise) et la contrefaçon (interdite) était difficile à tracer. Et à quel point elle est importante et nécessaire si l’on s’en tient aux sommes parfois colossales qui sont en jeu. Nos 212 amici curiae ont donc insisté sur cette ligne floue qui rend la situation si difficile à apprécier. Selon eux, «la loi devrait fournir des règles plus claires pour que les auteurs-compositeurs puissent savoir quelle est la ligne à ne pas franchir, ou au moins où se trouve cette ligne». Si vous relisez mon ancien article, vous comprendrez vite que tout ça ne peut être hélas qu’un vœu pieu: Trop de subjectivité dans l’appréciation, trop de spécificités dans l’analyse du processus créatif… Rendre nette cette ligne floue est une mission quasi impossible, et on voit mal comment une loi, générale, pourrait s’appliquer à des cas aussi particuliers. Surtout, il n’est pas certain que des règles plus objectives soient moins dangereuses pour la créativité que l’appréciation d’un juge. Même quand il décide mal.

L’affaire va donc suivre son cours dans les prochains mois, il faudra y rester attentif. Et à l’affaire Ed Sheeran aussi, puisque le chanteur et musicien vient de tomber lui aussi dans le collimateur des héritiers de Marvin Gaye (et de Ed Townsend son co-compositeur). Début août 2016, ils ont lancé une action en contrefaçon, sur la base de ressemblances trop évidentes entre le Thinking out loud de Ed Sheeran, et l’indétrônable Let’s get it on de Marvin Gaye. Il semblerait que Ed Sheeran ait gagné récemment d’énormes parts de marché dans les mariages, et ça, c’est pas une bonne nouvelle quand on est héritier de Marvin Gaye!

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